Technologie

Layer 2, qui dit mieux ?

Sorare, c'est la rencontre des cartes Panini et d'un jeu de fantasy dans le monde de la crypto. De part son positionnement, l'entreprise a réussi à attirer dans ses filets des profils très variés qui vont de l'expert MPG au trader en passant par le parieur sportif. Ces profils ont la particularité d'avoir été jusqu'alors peu voire pas du tout exposés au monde de la crypto et des NFTs et c'est donc une belle prouesse de Sorare de leur en avoir ouvert les portes.

Le revers de la médaille, c'est qu'une grosse proportion des managers Sorare ne connaît en réalité que la carosserie de la blockchain et n'en ont jamais soulevé le capot. Il faut dire que la mécanique est complexe et très vite austère voire hostile. Au moins, tout le monde connait à priori le minimum : les cartes Sorare sont des NFTs sur la blockchain Ethereum. Vraiment ? Pas tout à fait...

Un peu d'historique

Quelques années en arrière, Sorare produisait toutes ses cartes et inscrivait l'ensemble des transactions liées directement sur la blockchain Ethereum. Malheureusement, cette chaîne de blocs est depuis victime de son succès ; le nombre de transactions par seconde y est limité et le réseau est plus ou moins saturé. Conséquence d'une offre limitée et d'une demande en progression constante, les frais de gas -qui sont la rétribution qu'un utilisateur paye à un mineur pour inscrire une opération dans un bloc- sont élevés. Chaque carte étant un jeton unique (NFT), Sorare a besoin d'inscrire un nombre considérable d'opérations.

En 2021, les frais de gas sur Ethereum ont explosé. Sur certaines semaines, Sorare consommait jusqu'à 1 à 2% de l'ensemble du gas disponible sur la chaîne, une sacrée somme partie en fumée ! En parallèle, le nombre de managers était en forte progression et Sorare se devait de lancer une nouvelle rareté "Limited" pour accompagner cette croissance. Impossible à imaginer en l'état.

Quelles solutions ?

Une évolution d'Ethereum appelée "Ethereum 2.0" est prévue de longue date. Celle-ci porte notamment la promesse d'une plus grande scalabilité et donc de frais de transactions bien plus faibles. Gardons ça pour plus tard, ce sujet fera l'objet d'un article à part entière. Tout ce qu'il vous faut savoir pour le moment, c'est que le timing de cette évolution n'était pas du tout compatible avec le calendrier de Sorare qui se devait de trouver une solution rapidement.

En attendant, pour résoudre ce problème de mise à l'échelle, de nombreuses solutions se sont développées sur le marché. Le principe commun est de déporter la grande majorité des transactions hors de la chaîne principale Ethereum. Deux grandes catégories en particulier nous intéressent.

Tout d'abord, les "side-chains". Ce sont des blockchains à part entière qui tournent leur propre mécanisme de consensus et qui sont rendues compatibles avec Ethereum via l'utilisation de ponts ("bridges" en anglais) dédiés pour transférer des actifs de la chaîne principale vers la chaîne secondaire et vice-versa. Initialement, au lancement de Sorare, c'était la solution que l'entreprise a privilégié en exploitant la side-chain "Loom". Malheureusement Sorare s'est pris un mur avec l'arrêt de cette side-chain. Chat échaudé craint l'eau froide ; plus question pour Sorare de s'enfermer dans une nouvelle side-chain. De plus, cette catégorie de solution a un inconvénient majeur : la sécurité. Le fait d'avoir son propre mécanisme de consensus empêche la side-chain de bénéficier des mécanismes de protection inhérents à la blockchain Ethereum et laisse la porte ouverte à des attaques ciblées. On notera par exemple le hack récent de la side-chain Ronin utilisée par Axie Infinity. La corruption d'une poignée seulement de noeuds a permis à l'attaquant d'exfiltrer pour plus de 600 millions de dollars. Salé.

Pour réduire drastiquement leurs frais et permettre l'arrivée des Limiteds, Sorare a donc décidé de s'orienter vers un autre type de solution : les layers 2. Ces solutions ont le bon goût de ne pas tourner leur propre mécanisme de consensus puisqu'elles reposent exclusivement sur la sécurité et la décentralisation intrinsèque à Ethereum. Elles sont donc infiniement plus robustes. Pour la décrire simplement, une solution "layer 2" permet de regrouper des milliers de transactions et d'en inscrire la preuve de validité sur la chaîne principale au travers d'un unique contrat intelligent ("smart contract" en anglais).

Depuis 2021, sachez donc que votre achat de Camacho Rare est traité via le layer 2 "StarkEx" de l'entreprise StarkWare et, qui sait, votre transaction partage peut-être le même batch que celle d'un Messi Unique :)

SnoopCat

12 avril 2022